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	<title>Articles &#8211; Aidda</title>
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		<title>Quartier de Belleville</title>
		<link>https://aidda.fr/2020/05/sm_actualites_articles_1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marianne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 May 2020 13:27:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p class="excerpt">

François-Xavier BOUCHART, décédé aujourd'hui, a réalisé un travail photographique sur Belleville dans les années 1970, alors que ses parents viennent s'installer dans ce ...
<img src="http://aidda.fr/html-files-to-import/aidda/aidda.fr/images/projets_expos/quartier_belleville.jpg" />
</p><p class="more-link-p"><a class="more-link" href="https://aidda.fr/2020/05/sm_actualites_articles_1/">En savoir plus &#8594;</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" src="http://aidda.fr/html-files-to-import/aidda/aidda.fr/images/projets_expos/logo.png" /></p>
<h1 class="text_all" style="text-align: center;"><span style="font-size: 11.0pt;"><strong>Quartier de Belleville</strong></span></h1>
<p><img decoding="async" src="http://aidda.fr/html-files-to-import/aidda/aidda.fr/images/projets_expos/quartier_belleville.jpg" align="middle" /></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span class="text_all" style="font-family: 'Garamond','serif'; font-size: 11.0pt;"> Sur la photo, on reconnaît au fond la rue Vincent, aujourd&rsquo;hui disparue</span></p>
<p class="text_all" style="text-align: justify;">François-Xavier BOUCHART, décédé aujourd&rsquo;hui, a réalisé un travail photographique sur Belleville dans les années 1970, alors que ses parents viennent s&rsquo;installer dans ce quartier qui est à cette époque en pleine restructuration. Son travail propose un regard personnel sur ce quartier populaire qui avait été photographié par Robert Doisneau ou Willy Ronis alors qu&rsquo;il était encore intacte. François-Xavier BOUCHART voulait photographier les mêmes lieux en phase de mutation urbaine, économique et sociale. Poursuivre cet inventaire que menait également Georges Perec pour son documentaire <em>En remontant la rue Vilin</em>, marquer sur la gélatine les restes de ce Paris populaire qui disparaissait.</p>
<p class="text_all" style="text-align: justify;">Il a ainsi participé à plusieurs évènements liés à Belleville . Ces photographies sur Belleville ont été projetées lors de l&rsquo;exposition <em>Design français</em> en 1972 au Musée des Arts décoratifs à Paris. Livre collectif <em>Belleville-Belleville</em>, aux Editions Créaphis, consacre un chapitre à François-Xavier BOUCHART, et ses photos illustrent des interviews d&rsquo;autres habitants. L&rsquo;ouvrage lui est dédié. Ces photographies sont exposées à la Maison de la Villette dans le cadre de l&rsquo;exposition du même nom réalisée par Françoise Morier.<span class="text_all" style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 11.0pt;"><br style="page-break-before: always;" clear="all" /></span></p>
<p class="text_all" style="text-align: justify;">Il est un des seuls (avec Henri GUERARD) à avoir pris des photographies du vieux quartier de Belleville jusqu&rsquo;à la Place des Fêtes pendant cette période, et en particulier certaines rues et passages aujourd&rsquo;hui disparus : le passage des Faucheux, le passage Kuzner, la rue Vincent. Ces photographies montrent des façades d&rsquo;habitations, des anciens commerces, des enfants du quartier, des terrains vagues après la destruction d&rsquo;immeubles&#8230; Certains des lieux montrés ont aujourd&rsquo;hui complètement disparu, laissant place à de grands ensembles, surtout dans la partie du 19<sup>ème</sup> de la rue de Belleville. La destruction, avec notamment les bulldozers et les places éventrées, ont aussi retenu l&rsquo;attention du photographe. Les droits sur ces photos appartiennent à sa femme, Nadine BEAUTHEAC-BOUCHART, qui a accepté de participer à ce projet.</p>
<p class="text_all" style="text-align: justify;">Ce qui intéresse alors Francois-Xavier BOUCHART, c&rsquo;est ce paysage de maisons éventrées par les démolisseurs, des rues à moitié démolies, des commerces ou ateliers d&rsquo;artisans murés ou en activité pour peu de temps, recherchant les traces sur les murs encore debout des familles qui y avaient vécu : des photos encore agrafées, les dessins d&rsquo;enfants, les papiers peints arrachés, les crépis et les pierres effritées, les objets et valisés abandonnés dans la précipitation des départs, les enseignes des commerces, etc. Pour lui, il y a alors urgence et nécessité à traduire cette rupture des années 1970 quand il en est encore temps. Mais aussi de montrer la vie quotidienne des populations qui vivaient sur place malgré les destructions, préservant leurs habitudes ou les enfants jouant dans les nouveaux terrains vagues. Ces excursions dans la rue de Belleville, la rue Rébeval, la rue Vilin en passant par la rue des Couronnes et toutes ces impasses et ruelles qui forment un noyau urbain dense constituent ses promenades photographiques personnelles. Ces restes des maisons, des petits immeubles ou hôtels meublés, des boutiques et des ateliers témoignent du basculement d&rsquo;un des derniers villages dans Paris.</p>
<p class="text_all" style="text-align: justify;">Il est sensible aux paysages architecturaux et sociaux qu&rsquo;il va photographier sous forme de panoramiques noirs et blancs contrairement à ses clichés en couleur qui chacun semble raconter une histoire différente. Les effets de lumière quand le soleil affleure les différentes matières qui composent ces rues de Belleville détruites deviennent des objets esthétiques et d&rsquo;émotions. Les superpositions des différentes strates du quartier sont également des superpositions de mémoires des gens qui y habitent encore ou qui sont déjà partis. C&rsquo;est en cela que ce témoignage des transformations à l&rsquo;oeuvre est unique pour comprendre comment un quartier populaire et multiculturel subit des démolitions dans sa chair, son identité et son ambiance.</p>
<h3 class="text_all"><strong>Le projet d&rsquo;exposition</strong></h3>
<p class="text_all" style="text-align: justify;">Le travail photographique de Francois-Xavier BOUCHART interroge par l&rsquo;image les mutations complexes que provoque l&rsquo;action des bulldozers sur un territoire marqué par une forte identité populaire. On sait que les populations délogées par cette restructuration urbaine sont parties s&rsquo;installer pour la plupart dans les quartiers périphériques de la banlieue qui leur proposaient des logements sociaux et qu&rsquo;elles en emportent dans leurs bagages non seulement leurs effets personnels, mais aussi leurs souvenirs et leurs points de repérage sociaux qu&rsquo;ils voulaient conserver de leur ancien quartier. Le lien avec Belleville ne s&rsquo;est pas pourtant coupé et beaucoup d&rsquo;entre eux ont continué régulièrement à revenir à Belleville le week-end pour retrouver des ambiances et des amis dans un espace de référence commun. Les artisans ont souvent fermé leurs ateliers définitivement, alors que de nombreuses petites entreprises se sont re-localisées dans les zones d&rsquo;activité disponibles de la banlieue.</p>
<p class="text_all" style="text-align: justify;">La rénovation de Belleville, plus de vingt ans avant celles qui vont toucher les quartiers au-delà du boulevard périphérique, constitue une des plus importantes dynamiques de transfert social et économique entre un quartier parisien et les quartiers de la banlieue en Ile-de-France. Notre projet veut mettre ce processus en lumière pour montrer pourquoi le basculement urbain de Belleville contribue à tisser une interaction forte sur un vaste territoire qui englobe l&rsquo;est parisien intra et extra muros. Il annonce le grand Paris par les relations démographiques, sociales et culturelles qu&rsquo;il a provoquées entre des quartiers qui se sont davantage interconnectés à travers ses mouvements de populations et d&rsquo;activités.</p>
<p class="text_all" style="text-align: justify;">A partir de l&rsquo;expérience de Belleville, on peut mener un questionnement sensible qui concerne également les autres processus de rénovation urbaine en cours sur d&rsquo;autres quartiers de la région Ile-de-France. Comment sont vécues par les habitants les destructions d&rsquo;immeubles prévues par les opérations de rénovation ? Quelles formes d&rsquo;expression culturelle ou artistique émergent pendant les travaux de rénovation pour marquer les transformations à l&rsquo;oeuvre, notamment à partir d&rsquo;initiatives associatives soucieuses de capter et de préserver les mémoires des lieux et des habitants ? Pourquoi ces productions représentent des traces importantes de l&rsquo;appropriation par les habitants des changements urbains auxquels ils doivent faire face ? Quelles sont les mutations sociales et culturelles qui s&rsquo;opèrent par le déménagement ou la réinstallation des populations ? Comment ces dernières réinvestissent-elles les lieux de résidence nouveaux qui leur sont proposés ? Comment le tissu commercial, le monde de la boutique et de la restauration, se trouve modifié par la rénovation urbaine ? Qu&rsquo;observe-t-on également du point de vue des mutations du secteur industriel local et des activités économiques diverses ? C&rsquo;est la vie d&rsquo;un quartier avec ses modes de sociabilité et ses points de référence particuliers qui disparaît et qui se recompose lors de la rénovation urbaine.</p>
<p class="text_all" style="text-align: justify;">Le projet consiste à produire une exposition référentielle autour du travail photographique de Francois-Xavier BOUCHART. Cette exposition d&rsquo;une petite centaine de photographies sera conçue pour une possible itinérance dans divers sites de Belleville qui choisiront de l&rsquo;accueillir. Elle pourra servir de repère thématique et surtout une occasion de questionnement sur les processus de restructuration urbaine qui affectent ces territoires tout en les mettant en relation. <span class="text_all" style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 11.0pt;"><br style="page-break-before: always;" clear="all" /></span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><span class="text_all" style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 11.0pt;">Le projet démarrera avec une l&rsquo;inauguration de l&rsquo;exposition de BOUCHART au Centre d&rsquo;Accueil Thérapeutique à Temps Partiel (CATTP) « Le Bouffadou » de l&rsquo;Etablissement Public de Santé Maison Blanche pour le cadre des <strong>journées du Patrimoine</strong> prévues </span><span class="text_all"><strong><span style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 11.0pt;">Samedi 17 septembre 2011</span></strong><span style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 11.0pt;"> <strong>de 09 heures 00 à 17 heures 00 (sans interruption) et le Dimanche 18 septembre 2011 de 09 heures 00 à 17 heures 00 (sans interruption). </strong>A cette occasion, le CATTP présentera ses activités auprès des patients.</span></span></p>
<p class="text_all" style="text-align: justify;"><strong><span style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 11.0pt;">Ces p</span></strong><span style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 11.0pt;">hotos ont présentées lors de l&rsquo;inauguration du nouveau site d&rsquo;hospitalisation de l&rsquo;Etablissement Public de Santé (EPS) <em>Maison Blanche </em>situé au 11/14 rue de Belleville à Paris (75019) en avril 2011. </span></p>
<p class="text_all" style="text-align: justify;">Son itinérance se déroulera selon les plannings des partenaires sur plusieurs mois du second semestre 2010 et se prolongera en 2012.</p>
<p class="text_all" style="text-align: justify;"><u><span style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 11.0pt;">Pour Belleville</span></u><span style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 11.0pt;"> :</span></p>
<ul style="margin-top: 0cm;" type="disc">
<li class="text_all" style="text-align: justify;">Inscription de l&rsquo;exposition dans le programme des 150 ans du rattachement de Belleville à Paris.</li>
<li class="text_all" style="text-align: justify;">Exposition des photographies de Francois-Xavier BOUCHART accueillie par l&rsquo;Etablissement Public de Santé (EPS) Maison Blanche, en avril 2011, lors de l&rsquo;inauguration du nouveau site d&rsquo;hospitalisation dans le 19<sup>ème</sup> arrondissement qui en co-produit la réalisation</li>
<li class="text_all" style="text-align: justify;">Exposition des photographies de Francois-Xavier BOUCHART sera accueillie par le Centre d&rsquo;Accueil Thérapeutique à Temps Partiel (CATTP) de l&rsquo;Etablissement Public de Santé (EPS) Maison Blanche – 97 rue des Vignoles – 75020 Paris du 17/09/11 au 16/10/11</li>
</ul>
<p class="text_all" style="text-align: justify;"><u><span style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 11.0pt;">Contacts </span></u></p>
<p class="text_all" style="text-align: justify;"><u><span style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 11.0pt;"><span style="text-decoration: none;"> </span></span></u></p>
<ul style="margin-top: 0cm;" type="disc">
<li class="text_all" style="text-align: justify;">Mr Mamoud BENAHMED : 06 60 69 96 92</li>
<li class="text_all" style="text-align: justify;">Mme Marie POINSOT : 06 84 16 72 60 (association Trajectoires)</li>
</ul>
<p class="text_all" style="text-align: center;"><strong><span style="font-family: 'Verdana','sans-serif'; font-size: 10.0pt;"> </span></strong></p>
<p class="text_all" style="text-align: center;"><strong><span style="font-family: 'Verdana','sans-serif'; font-size: 10.0pt;">Association <em>Trajectoires<br />
</em></span></strong><strong><span style="font-family: 'Verdana','sans-serif'; font-size: 10.0pt;">6 rue de l&rsquo;ermitage 75020 PARIS<br />
</span></strong><strong><span style="font-family: 'Verdana','sans-serif'; font-size: 10.0pt;">N° SIRET : 433347390 00018</span></strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Egalité dans le champs culturel : une revendication toujours d&#8217;actualité, trente ans après la marche de 1983</title>
		<link>https://aidda.fr/2020/05/sm_actualites_articles_2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marianne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 May 2020 13:27:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p class="excerpt">Les années 1970-1980 : Un paysage culturel peu ouvert aux cultures des minorités Dans les grands équipements culturels fermés aux populations immigrées ainsi qu&#8217;aux milieux populaires pour diverses raisons (goût, coût, choix, programmation, élitisme…), l&#8217;offre culturelle était principalement destinée à des publics sensibilisés de nationaux, d&#8217;européens bien que donnant quelques ouvertures pour une programmation ouverte aux&#8230;</p><p class="more-link-p"><a class="more-link" href="https://aidda.fr/2020/05/sm_actualites_articles_2/">En savoir plus &#8594;</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="text_justifié"><strong>Les années 1970-1980 : Un paysage culturel peu ouvert aux cultures des minorités</strong></p>
<p class="text_justifié">Dans les grands équipements culturels fermés aux populations immigrées ainsi qu&rsquo;aux milieux populaires pour diverses raisons (goût, coût, choix, programmation, élitisme…), l&rsquo;offre culturelle était principalement destinée à des publics sensibilisés de nationaux, d&rsquo;européens bien que donnant quelques ouvertures pour une programmation ouverte aux Italiens de France, aux Espagnols et aux Portugais autour d&rsquo;oeuvres et d&rsquo;artistes majeurs.</p>
<p class="text_justifié">L&rsquo;art produit et diffusé n&rsquo;est pas ouvert aux peuples du sud, à l&rsquo;immigration post-coloniale (Africains, Maghrébins, Asiatiques&#8230;). Ainsi, les produits culturels des pays du sud de la Méditerranée ou d&rsquo;Afrique n&rsquo;ont pas leur place dans le paysage culturel et artistique français de cette époque. Les productions en direction de ces populations au niveau du théâtre, du cinéma, des arts plastiques sont principalement distribuées dans des circuits parallèles, dans le cadre d&rsquo;actions culturelles et associatives aux faibles moyens, avec quelques exceptions pour des grands chanteurs orientaux présentés à l&rsquo;Olympia ou pour des manifestations organisées par les Etats d&rsquo;origine. Le film «Les Ambassadeurs» (1972) dénonçant l&rsquo;un des premiers meurtres racistes ouvrira tout de même la voie à des réalisateurs issus de l&rsquo;immigration, au documentaire et à la fiction plutôt engagés.</p>
<p class="text_justifié">Face à cette carence, ce sont principalement des moyens spécifiques qui vont être mobilisés pour encourager la diffusion en France des produits culturels des pays d&rsquo;origine de l&rsquo;immigration en direction des populations cibles. L&rsquo;Etat met en place des outils visant ces populations traitées à part, tel que l&rsquo;OCI, association créée en 1976, devenant rapidement, l&rsquo;ONPCI (Office National pour la Promotion Culturelle des Immigrés), bientôt remplacé par l&rsquo;I.C.E.I.(Information, Culture et immigration),organisme para-public, ayant des relations étroites avec les ambassades et les Amicales des pays d&rsquo;origine qui encadraient et fliquaient leurs ressortissants et les opposants. Des programmes dont l&rsquo; émission de télévision «Mosaïques», se mettent en place avec un financement provenant uniquement du FAS (Fonds d&rsquo;Action Sociale). Les étrangers, privés du droit d&rsquo;association, sont la cible de cette politique et ne sont considérés que comme des consommateurs de produits culturels qui leurs sont destinés. Ces politiques successives vont de fait cataloguer l&rsquo;action culturelle et artistique de l&rsquo;immigration et des jeunes dans la catégorie « cultures spécifiques » relevant du Ministère des affaires sociales plutôt que de la culture. L&rsquo;expression artistique est depuis condamnée à la marginalité ou à la recherche d&rsquo;alternatives pour exister dans un paysage culturel élitiste et fermé, c&rsquo;est encore le cas aujourd&rsquo;hui.Le bilan de ces opérations montre qu&rsquo;elles furent limitées et de faible portée.</p>
<p class="text_justifié">Les jeunes marcheurs et ceux qui les ont accompagné ont vécu dans ce contexte, certains vont bénéficier , grâce à ces dispositifs toujours spécifiques, d&rsquo;un autre programme d&rsquo;encouragement à la diffusion de la musique, du théâtre ou de la danse qui se limitera le plus souvent à la participation aux cachets des troupes d&rsquo;artistes. Les critiques visent un saupoudrage de subventions, le manque ou l&rsquo;absence de concertation avec les artistes et avec les collectivités territoriales, responsables de la politique culturelle au niveau local ou s&rsquo;inscrivaient le plus souvent ces initiatives minoritaires.</p>
<p class="text_justifié">Avec les «Semaines du Dialogue» de cette période, l&rsquo;action culturelle est réduite de fait à des fêtes de l&rsquo;immigration, centrées sur le folklore et la cuisine exotique, en présence des représentants des pays d&rsquo;origine qui voyaient là un moyen de garder un contact avec leurs communautés d&rsquo;immigrés et leurs enfants.</p>
<p class="text_justifié"><strong>La culture pour lutter contre les inégalités et promouvoir l&rsquo;engagement</strong></p>
<p class="text_justifié">C&rsquo;est pour rompre avec cette politique culturelle que les associations autour de la M.T.I. (Maison des Travailleurs Immigrés), en liaison avec les associations de solidarité (Cimade, Ciemi, Clap…), vont développer des actions nouvelles autour de la notion de cultures populaires et de l&rsquo;engagement, portées par les franges les plus avancées des immigrés de toutes les nationalités dont de nombreux étudiants étrangers.</p>
<p class="text_justifié">Cinq festivals culturels du MTI, à partir de 1975 vont promouvoir des artistes de l&rsquo;immigration dans des représentations publiques qui donnaient à l&rsquo;immigration, pour la première fois, des moments de visibilité, de convivialité et d&rsquo;échanges dans une optique d&rsquo;engagement, de solidarité, de partage et d&rsquo;interculturalité, révèlant une autre facette de l&rsquo;immigration, capable de concevoir et d&rsquo;organiser des actions culturelles nouvelles et engagées (théâtre, musique, arts plastiques, animations, spectacles et fêtes de quartiers).</p>
<p class="text_justifié">Dénonçant une politique culturelle qui marginalise les créateurs de l&rsquo;immigration, des initiatives sont aussi lancées, à partir des années 1980, autour de l&rsquo;information sur l&rsquo;intégration, l&rsquo;immigration notamment autour du journal « Sans Frontières», mais aussi pour la promotion d&rsquo;une démarche interculturelle dans l&rsquo;enseignement des langues et des cultures d&rsquo;origine pour combattre le repli identitaire, et promouvoir une expression culturelle propre aux populations et aux nouvelles générations. Toutes ces actions se voulaient, en partie, un prolongement de l&rsquo;action du MTA (Mouvement des Travailleurs Arabes) et de la MTI (Maison des Travailleurs Immigrés) et d&rsquo;Africa fête lancéé en 1978.</p>
<p class="text_justifié">Ce potentiel né dans les années 1970-80 et ce savoir-faire trouveront plus tard des développements, notamment dans les initiatives autour du Bicentenaire de la Révolution, ainsi que des fêtes et de festivals qui se créeront dans les quartiers dits « sensibles » ou «Politique de la ville » d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.</p>
<p class="text_justifié">Une jonction entre ouvriers et intellectuels permet, à partir des années 1970, l&rsquo;émergence de mouvements revendicatifs, mais aussi la production des premiers outils de propagande, témoignages et actions publiques (luttes des premiers sans papiers, luttes des femmes de l&rsquo;immigration, contre les expulsions, pour un logement digne, fêtes de quartiers…), qui donnent aujourd&rsquo;hui des repères pour mieux comprendre ce qui fonde la démarche des acteurs culturels de la diversité.</p>
<p class="text_justifié">L&rsquo;apparition de ces acteurs qui agissent, écrivent et cherchent à établir des liens avec les militants, les intellectuels français et la société constitue, en effet, un tournant dans la production d&rsquo;initiatives culturelles et artistiques et de récits sur l&rsquo;immigration et sa mémoire politique. Ce sont des acteurs issus de cette histoire qui vont mettre en place les principales initiatives d&rsquo;expression de l&rsquo;immigration et de la jeunesse qui prend part à la réussite de la marche de 1983 (presse, radio, événements culturels…)..</p>
<p class="text_justifié">Une marche qui était culturelle aussi</p>
<p class="text_justifié">Les enfants de la marche ont vécu dans cette ambiance d&rsquo;entre d&rsquo;eux, fréquentant les cours de langue et de culture d&rsquo;origine mais fabriquant aussi leur langages, leurs codes et s&rsquo;intéressant aux cultures du monde dont le Hip Hop, expression urbaine qui fête aussi ses 30 ans d&rsquo;existence cette année.</p>
<p class="text_justifié">Enfants d&rsquo;une immigration ouvrière exclue de la société de l&rsquo;écrit mais partie prenante de l&rsquo;histoire et des luttes sociales, de nombreux travaux sont lancés dans ces années là. portés par ces acteurs nouveaux de la culture souvent autour des thématiques tel que le rapport au bled, aux parents, aux sœurs, aux traditions mais aussi certains s&rsquo;intéressant à la condition ouvrière, à l&rsquo;histoire et à la valorisation de la culture d&rsquo;origine.</p>
<p class="text_justifié">La revendication de l&rsquo;égalité dans tous les domaines dont celui de la culture a été fortement et à maintes fois répétée par les marcheurs et tous les acteurs de la société civile qui les ont accompagné tout au long des étapes de cette marche et lors de son arrivée, à Paris..</p>
<p class="text_justifié">A travers ce moment qui marque l&rsquo;histoire des luttes en France, les enfants d&rsquo;immigrés, de diverses origines jusqu&rsquo;ici invisibles revendiquent à la fois les luttes des parents mais aussi un rapport positif au cultures et au métissage, ils criaient haut et fort qu&rsquo;ils et elles se considèrent définitivement comme des acteurs à part entière de la société française, fiers d&rsquo;être français, ils se voulaient porteurs de la culture meelting pot. Cette nouvelle donne va bouleverser la perception de la jeunesse dont celle de l&rsquo;immigration et redessiner le paysage associatif, culturel et politique antiraciste. Le concert de clôture de la marche introduit déjà ce qui va faire le succès de SOS Racisme, avec l&rsquo;appui des politiques et des médias : les concerts gratuits et la world musique.</p>
<p class="text_justifié">Beaubourg, grand établissement culturel va, avec l&rsquo;exposition sur l&rsquo;expression culturelle des enfants de l&rsquo;immigration, faire découvrir à un large public le foisonnement culturel des « enfants de l&rsquo;immigration », tout y ait déjà : photographie, films, danse, radios, peinture, théâtre « beur »…Mais apparaît clairement aussi la revendication par ces jeunes de l&rsquo;égalité de traitement dans l&rsquo;action artistique et culturelle, déjà le refus d&rsquo;être considérés comme porteurs de cultures spécifiques ou de ghetto. La revendication est clairement politique : nous demandons à faire partie du paysage culturel et artistiques et donc de la programmation des spectacles et actions que nous portons dans les circuits de droit commun, dans des vrais théâtres, dans des grandes galeries, dans les relais médiatiques, dans les réseaux&#8230;</p>
<p class="text_justifié">Dans ce contexte mouvant et revendicatif, est créé l&rsquo;Agence de Développement des Relations Interculturelles (ADRI) pour prendre la succession de l&rsquo;I.C.E.I. avec comme mission une meilleure coordination des dispositifs publics mis en œuvre pour encourager l&rsquo;expression, la participation et la promotion des pratiques interculturelles. Les politiques publiques préfèrent financer des dispositifs lourds de diffusion que de privilégier l&rsquo;action des acteurs culturels de terrain. La volonté de contrôle étant souvent clairement dénoncée, le rejet de ces orientations est aussi clair à cette époque. L&rsquo;ADRI captant l&rsquo;essentiel des moyens.</p>
<p class="text_justifié">L&rsquo;apparition dans les années 1980-1990 du concept de «devoir de mémoire» et son impact dans les médias a entraîné des débats contradictoires sur l&rsquo;intégration, le rapport à l&rsquo;autre, à la nation ainsi qu&rsquo;un intérêt pour l&rsquo;histoire et pour la mémoire des immigrations et ses luttes (guerres coloniales, octobre 1961, le rapport aux harkis…) qui seront largement portés par quelques historiens et par le réseau associatif principalement ceux qui ont accompagné les marches de 1983, 1984 et 1985.</p>
<p class="text_justifié">A partir du début des années 1990, la génération de la marche va participer activement à la mise en place de diverses actions au niveau national, régional et local, traitant de thématiques différentes centrées sur le rapport à l&rsquo;autre et aux cultures du monde présentes en France.</p>
<p class="text_justifié">Aujourd&rsquo;hui, la situation des jeunes, des immigrés et de leurs descendants, pour la plupart français, ne cesse de se dégrader. Après des décennies de pouvoir de droite avec des politiques de l&rsquo;immigration de plus en plus répressives et tous ses excès et ses démagogies populistes dont le débat sur l &lsquo;identité nationale et la loi du 23 février 2005 sur le rôle positif de la colonisation, le nouveau gouvernement reste dans la droite ligne de ses prédécesseurs, la précarisation de l&rsquo;action culturelle en général et celles de ces acteurs de la diversité est réelle. Ceux-ci continuent à rencontrer les mêmes obstacles, mêmes si des réussites individuelles sont effectives, la dégradation dans les quartiers sur le plan culturel est flagrante avec le recul des rencontres interculturelles et le repli identitaire souvent à travers le refuge dans les pratiques communautaires et religieuses.</p>
<p class="text_justifié">L&rsquo;enjeu de la représentation des acteurs, dans ce domaine en crise de la culture, ne peut pas être ignoré car la reconnaissance de leurs compétences, de leur expertise, de leurs parcours constituent aussi une revendication partagée, depuis 3 décennies, par de larges secteurs de l&rsquo;activité artistique ou les jeunes des quartiers et des minorités excellent (mode, musique, théatre, écriture, slam, rap). La marche pour l&rsquo;égalité a permis l&rsquo;éclosion de talents individuels indéniables mais n&rsquo;a pas permis la réussite d&rsquo;aventures culturelles collectives pour des raisons économiques et politiques.</p>
<p class="text_justifié">En ce printemps 2013, un cinéaste franco-tunisien vient d&rsquo;obtenir la récompense suprême du cinéma français, Abdellatif Kéchiche arrivé à l&rsquo;âge de 6 ans en France, avait 22 ans lors de la marche de 1983. Ses œuvres sont centrées sur la transmission, Il a dédié son prix à la jeunesse tunisienne et à la liberté de création et d&rsquo;expression. C&rsquo;est le premier maghrébin et arabe de France à avoir décroché ce prix prestigieux. Notre conviction est faite, nous avons des choses à dire, à écrire et à transmettre sur cette magnifique histoire commune, notre histoire, il faut enfin admettre que nous sommes conscients, vigilants et refusons les pratiques de tutelle et d&rsquo;instrumentalisation, car il est de notre devoir de sauvegarder nos histoires et mémoires singulières et collective, il est temps que l&rsquo;Etat, les Collectivités et les décideurs politiques et culturels admettent que notre marginalisation dans le champs de la culture a assez duré et qu&rsquo; elle n&#8217;empêchera jamais l&rsquo;éclosion des talents et la manifestation de la vérité.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p class="text_justifié"><strong>Hédi CHENCHABI<br />
</strong>Directeur du Journal « Images &amp; Mémoiires »<br />
Président de AIDDA et Vice Président du Réseau Histoires et Mémoires en Ile de France.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p class="text_justifié"><strong>Article paru dans l&rsquo;Humanité. Mai 2013.</strong></p>
<p class="text_justifié">
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]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Une révolution révélatrice de nouveaux regards photographiques en Tunisie : Histoire et actualité d&#8217;une photographie tunisienne peu connue.</title>
		<link>https://aidda.fr/2020/05/sm_actualites_articles_3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marianne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 May 2020 13:27:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p class="excerpt">De nombreux photographes ont marqué l&#8217;histoire de la photographie en Tunisie durant la période coloniale et après l&#8217;indépendance. Sans pour autant évoquer une école tunisienne de la photographie, celle-ci a connu six grandes périodes : la photographie coloniale documentaire et ethnographique servant à la découverte du pays, de ses habitants de ses sites et rites&#8230;</p><p class="more-link-p"><a class="more-link" href="https://aidda.fr/2020/05/sm_actualites_articles_3/">En savoir plus &#8594;</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="text_justifié" style="font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12px; font-weight: normal; text-align: justify; color: #000000; font-style: normal; font-variant: normal; letter-spacing: normal; line-height: normal; orphans: auto; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-stroke-width: 0px;"><span class="text_justifié" style="font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12px; font-weight: normal; text-align: justify;">De nombreux photographes ont marqué l&rsquo;histoire de la photographie en Tunisie durant la période coloniale et après l&rsquo;indépendance. Sans pour autant évoquer une école tunisienne de la photographie, celle-ci a connu six grandes périodes : la photographie coloniale documentaire et ethnographique servant à la découverte du pays, de ses habitants de ses sites et rites pour les besoins de la colonisation dont font partie les photographes de l&rsquo;exotisme et des femmes mauresques nues offertes à une population en Métropole friande d&rsquo;images des « fatma » et d&rsquo;érotisme oriental. C&rsquo;est durant ces premières périodes historiques que nous situons les travaux des Lehnert, De Concloit, Soler Pavia, Garrigues, Samama Chikly et les autres pionniers de la photographie en Tunisie ; la photographie des premiers tunisiens (le Club Photo de Carthage fut crée en 1895) ou de photographes connus ou anonymes de passage qui vont donner une autre image des populations, de l&rsquo;actualité sociale, politique, culturelle et qui vont donner une partie des images patrimoniales. Il est à rappeler que Abdelhak El Ouartani était le premier photographe tunisien et arabe diplômé en 1894. Pour. Beaucoup de ces travaux, de l&rsquo;époque, constituent une chance pour le pays et nous permettent aujourd&rsquo;hui d&rsquo;avoir une meilleure connaissance de plusieurs régions et de notre histoire ; la photographie des studios photos et celle des albums de familles qui ont fourni, sur des décennies (1930-1960), des milliers de clichés avec des portraits de familles et d&rsquo;individus en montrant souvent des moments marquants d&rsquo;une Tunisie diverse et authentique.<span class="Apple-converted-space"> </span></span></p>
<p>La photographie depuis l&rsquo;indépendance est faite d&rsquo;images de l&rsquo;actualité politique, sociale, sportive et culturelle, elle est largement utilisée dans la presse et sert d&rsquo;illustration à des articles de presse puis de propagande à travers des images d&rsquo;une Tunisie bourguibienne et carte postale. Cette période donna naissance à la première vague de photographes tunisiens tel que Habib Osman, Béchir Manoubi, Abdelhamid Kahia&#8230; Les années soixante, avec l&rsquo;esprit moderniste de Bourguiba, ont permis la production d&rsquo;une iconographie marquée par de nouveaux regards de photographes qui réalisent des travaux personnels en plus de leurs commandes (de l&rsquo;Etat principalement) , cette photographie en noir et blanc, esthétique et documentaire relève du patrimoine, elle est l&rsquo;œuvre de Jacques Perez, Pierre Olivier, Ridha Zili, … Il donnèrent à l&rsquo;époque les premières expositions à succès d&rsquo;une Tunisie indépendante.<br />
Cette jeune photographie contemporaine a contribué à une meilleure connaissance des sites et des paysages humains par la diffusion, à travers les livres d&rsquo;art, d&rsquo;une image documentaire assez variée souvent à la recherche du beau et de l&rsquo;authentique, il s&rsquo;agit alors de travaux de commande pour promouvoir un pays sans ressources, ensoleillé et ouvert, la carte postale va aussi jouer un rôle important dans la diffusion des images des premiers photographes de l&rsquo;après l&rsquo;indépendance. Certains photographes européens participent de ce mouvement, à la découverte d&rsquo;une Tunisie heureuse.</p>
<p><strong>Une photographie tunisienne contemporaine peu connue</strong></p>
<p class="text_justifié" style="font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12px; font-weight: normal; text-align: justify; color: #000000; font-style: normal; font-variant: normal; letter-spacing: normal; line-height: normal; orphans: auto; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-stroke-width: 0px;">A partir des années 1970 émerge une photographie industrielle qui se voulait esthétique pour livrer des milliers d&rsquo;images à la gloire de la beauté du pays, de son peuple et de ses sites. Des images soignées, valorisantes servant à l&rsquo;édition mais images tronquées aussi, car la dimension esthétique passe à côté d&rsquo;une autre Tunisie, celle d&rsquo;un peuple subissant l&rsquo;autoritarisme de l&rsquo;Etat et de son leader charismatique.<br />
Les années 1970-1990 sont marquées par l&rsquo;arrivée d&rsquo;une jeunesse passionnée par l&rsquo;image (les cinés clubs, le cinéma amateur foisonnent et la photo n&rsquo;est jamais loin…) qui participent à l&rsquo;émergence d&rsquo;une vague de photographes nouveaux, proches de la première vague de l&rsquo;indépendance dont Mohamed Ayeb, Abderazek Khéchine, Amel Bouslama, Kamel Agrebi, Marianne Catzaras, Zouhair Ben Amor, Mahmoud Chelbi, Salah Jabeur, , Mohamed Ali Essaadi, Ahmed Ben Aïssa, Ali Zelfani, et Hamiddedine Bouali&#8230; Puis ont suivi les Sami Frikha, Lilia Benzid, Faten Gaddès, Héla Ammar, Mouna Jmal Hichem Driss, Zakaria Chaibi ainsi que ceux vivant à l&rsquo;étranger comme Brahim Chanchabi, Jallel Gastelli, Khaled Frikha, Khedija Mhedhebi… De nombreux photographes .étrangers ont contribué par de nouvelles images et leurs aventures photographiques à donner à voir la Tunisie autrement comme Simona Zonino, Nicolas Fauqué, Xavier De Luca, James Legatte ainsi que plusieurs autres anonymes ou des photographes connus qui ont fait des passages furtifs principalement dont certains principalement pendant les premiers mois de la révolution et dont les travaux restent à découvrir.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p class="text_justifié" style="font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12px; font-weight: normal; text-align: justify; color: #000000; font-style: normal; font-variant: normal; letter-spacing: normal; line-height: normal; orphans: auto; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-stroke-width: 0px;"><strong>La photographie sous la dictature : propagande et images de cartes postales</strong></p>
<p>Durant toute la période de la dictature de Ben Ali (1987-2011), les photographes contrairement à d&rsquo;autres groupements d&rsquo;artistes, n&rsquo;ont aucune visibilité collective. Les plus débrouillards travaillent à la commande, la photographie artistique est très peu promue, la photographie sociale et documentaire et engagée n&rsquo;avait aucun droit au chapitre d&rsquo;où l&rsquo;absence ou la rareté des images de cette Tunisie de l&rsquo;authenticité, des luttes sociales ignorées et réprimées, celle du travail et de l&rsquo;exploitation, celle de l&rsquo;environnement pollué, celle des quartiers populaires et du mal vivre, celle aussi des bonheurs simples et des gens du peuple et de la nouvelle bourgeoisie dans tous ses états. Bref, la photographie tunisienne, à quelques exceptions près, ne s&rsquo;aventura pas sur ces terrains considérés comme subversifs et d&rsquo;images à contre courant, elle se contenta de répondre à des commandes et à réaliser des performances autour de la photographie industrielle principalement touristiqu et de publicité pour un pays dont la principale richesse est le tourisme. La photographie tunisienne de création ou documentaire était rare. Le champ photographique était dominé par quelques noms. Peu reconnue y compris par le Ministère de la Culture (plus centré sur la Arts plastiques et au service de quelques peintres proches du pouvoir), elle commença à se manifester, petit à petit, grâce à l&rsquo;action de quelques photographes téméraires, mais les travaux restaient rares et sont caractérisés par un éclectisme et l&rsquo;absence de choix au niveau des orientations. S&rsquo;ajoute à tout cela une économie de la photographie tunisienne exsangue (pas d&rsquo;agences photos, pas de groupements, pas de syndicats,…) , elle ne permettait pas aux artistes de vivre, aucune action collective significative n&rsquo;émergea pour revendiquer un autre statut pour le photographe dans la presse et au photographe auteur, l&rsquo;idée même de se constituer en association était subversive et les photographes développaient des stratégies individuelles, à portée limitée, qui permettaient à quelques rares photographes de vivre grâce à leurs travaux ou de réaliser des projets personnels (La Tunisie vue du ciel de Gastelli, les mosquées de Djerba de Jabeur, Les travaux de Perez…). Ainsi, à l&rsquo;occasion d&rsquo;une exposition de regards croisés de photographes tunisiens et français sur le thème « Sidi Bou Saîd-Montmartre : deux villages, deux collines » réalisée par AIDDA, nous avons pu observer combien il était difficile, dans ces débuts des années 90, de mettre en place des projets collectifs, de créer une association de photographes tunisiens, et ce même en liaison avec la Galerie AÏN (un espace dédié à la photographie et aux photographes) et son directeur Monsieur AYEB, l&rsquo;un des premiers primés et décorés en photographie en Tunisie.</p>
<p>Certes plusieurs initiatives collectives ont vu le jour, durant cette période, principalement dans des galeries ouvertes à l&rsquo;art photographique et sans véritable soutien, mais il était difficile, à l&rsquo;époque de parler de courants photographiques tunisiens, il s&rsquo;agissait surtout d&rsquo;individualités. Parmi les initiatives photographiques, sont lancées dès 2002, les « Rencontres Photographiques de Ghar El Melh » par Salah Jabeur, photographe indépendant installé en Tunisie après avoir vécu et travaille en France. Ces rencontres s&rsquo;arrêtent en 2009 pour des « problèmes de financement et de sponsoring », mais la réalité est plus complexe et s&rsquo;explique aussi, en partie, par le rapport à la photographie qu&rsquo;entretient un Ministère de la Culture dont les fonctionnaires ignorent cet art considéré comme non prioritaire (même si la commission d&rsquo;achats des œuvres a acquis de nombreux travaux au gré des amitiés et des pressions). Il faut aussi citer Hamiddedine Bouali qui a passé 20 ans au « Service Photo » du Ministère de la Culture ( 1981 à 2001) et lancé les éphémères Rencontres photographiques de Tunis pour enfin créer en Janvier 2010 son « Club Photo de Tunis », Devenu une association depuis peu, il a multiplié les expositions personnelles et les parutions presse d&rsquo;images de la révolution et réalisé plusieurs actions significatives avec des nouvelles générations de photographes.</p>
<p>Cette photographie des années de la dictature, non structurée et non organisée était caractérisée par le fait qu&rsquo;elle existait principalement grâce à une volonté individuelle des uns et des autres. La production relevait principalement de la commande et des coups de cœur et des moyens que peut mobiliser le photographe. Certains photographes, sans statut, ont pu couvrir des événements pour l&rsquo;histoire. Il est donc important de souligner que la situation faite aux photographes constitua une honte et fût un véritable gâchis pour la production et la création photographique en Tunisie. Aucune reconnaissance n&rsquo;est faite à des photographes marginalisés , en dehors de ceux qui constituent le cercle proche du pouvoir. La presse, avec mépris, oublia le plus souvent de créditer les images y compris dans les plus grands organes de la place.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>En raison des blocages et de l&rsquo;auto-censure, il a aussi fallu attendre la révolution pour qu&rsquo;émerge une association de photographes de presse et d&rsquo;autres initiatives plus ou moins collectives.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p class="text_justifié" style="font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12px; font-weight: normal; text-align: justify; color: #000000; font-style: normal; font-variant: normal; letter-spacing: normal; line-height: normal; orphans: auto; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-stroke-width: 0px;"><strong>La révolution du déclic photographique et après ?</strong></p>
<p>Depuis la fin du régime dictatorial qui a mis en avant une approche « social-réaliste » à travers l&rsquo;image de propagande, la Tunisie a vu émerger de nouveaux talents, des amateurs, des professionnels et des porteurs de projets ambitieux. La tendance générale étant de se référer aux grands noms de la photographie et pour certains de se considérer comme les dépositaires d&rsquo;une approche photographique originale et unique !. Comme en politique, la guerre des égos est très présente dans ce champ d&rsquo;une nouvelle photographie émergente.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>La révolution tunisienne a mis en avant un certain nombre de photographes amateurs avertis ou professionnels dont Zied Ben Romdhane, Sabrine Belkhouja, Fakhri El Ghzal, Douraid Souissi, Sami Snoussi, Wassim Ghozlani, Amine Landoulsi, Yassine Gaidi, Yahya Gabouss, Nacer Talel et Sophia Baraket… S&rsquo;agit-il d&rsquo;une nouvelle vague de photographes ou de d&rsquo;une myriade de photographes propulsés par la vague de la révolution et les besoins d&rsquo;une couverture médiatique mondiale d&rsquo;un événement marquant ?, l&rsquo;histoire nous le dira.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>La démocratisation par le numérique a joué un rôle d&rsquo;amplificateur dans la production d&rsquo;images variées et d&rsquo;inégales valeurs. Le numérique, l&rsquo;utilisation abusive d&rsquo;images sans accord des auteurs, la retouche et les recherches graphiques foisonnent, à travers les réseaux sociaux, à côté de travaux dans la pure tradition de la photographie sociale et documentaire. Les références aux grands courants de la photographie sont perceptibles comme l&rsquo;est aussi le mimétisme photographique dans la démarche de certains, que ce soit à travers le type de productions d&rsquo;images ou dans la façon de se projeter, de parler de soi et des autres. Ceci témoigne à la fois d&rsquo;un foisonnement certain mais signifie aussi qu&rsquo;il ya pour de nombreux photographes tunisiens à la fois un manque de modestie, une réelle difficulté à se situer et à défendre une voie singulière et ou collective authentique. La photographie des femmes constitue quand à elle une véritable richesse pour le patrimoine photographique tunisien.</p>
<p>Le milieu photographique actuel dont les images de la révolution (surtout ceux et celles qui sont en réseau et qui communiquent et ont les moyens de le faire) ont fait le tour de la planète depuis la révolution, ceci révèle à la fois des regards originaux mais aussi les limites et les insuffisances pour ne pas parler de manque de cohérence. Ceci explique en partie pourquoi la photographie en Tunisie aujourd&rsquo;hui, est aussi traversée par des questionnements sur le rapport aux courants photographiques dans les grands pays de la photographie, sur les enjeux de pouvoir, sur le rapport aux financements étrangers et à la coopération culturelle (ouverts à certains réseaux et individus informés et outillés). Les questions de fond ne sont pas toujours abordées telles que la difficulté à se situer par rapport au statut du photographe, à la création de collectifs ouverts sur l&rsquo;ensemble du territoire national, à la centralité de l&rsquo;offre et de la demande photographique (Tunis lieu de production, de diffusion, de commercialisation et de montage de projets) d&rsquo;où la faible représentation des photographes de l&rsquo;intérieur ou de milieux populaires. Le coût économique de la création et de la diffusion photographique élimine de fait les enfants talentueux du peuple, le fonctionnement en réseau citadins, « bobos branchés » est une réalité dont il faut tenir compte pour que la photographie ne soit pas seulement l&rsquo;affaire de certains milieux socio-économiques et culturels déterminés proches des centres de pouvoir locaux et étrangers.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Les photographes les plus actifs de la place depuis la révolution sont ceux qui remplissent les conditions d&rsquo;une production soutenue, même s&rsquo;ils se réclament de différentes tendances, les images diffusées et les expositions présentées en Tunisie et à travers le monde ont correspondu à un besoin médiatique et d&rsquo;information : donner à voir les images d&rsquo;une révolution sympathique et populaire. Après les images emblématiques et de circonstances, l&rsquo;objectif est de constituer de véritables démarches photographiques portées collectivement ou individuellement pour fournir de nouvelles images en mesure de dépasser la simple actualité et de constituer un patrimoine photographique digne de ce nom en Tunisie.</p>
<p>La photographie journalistique émerge à son tour, elle s&rsquo;intègre dans les chaines de distribution mondiales ou trouve, à travers quelques organes et agences photographiques, une place en fournissant des images d&rsquo;actualité de qualité et au moindre coût.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p class="text_justifié" style="font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12px; font-weight: normal; text-align: justify; color: #000000; font-style: normal; font-variant: normal; letter-spacing: normal; line-height: normal; orphans: auto; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-stroke-width: 0px;"><strong>Un projet national pour la photographie : Une urgence</strong></p>
<p>En Tunisie, l&rsquo;univers de la photographie est en pleine frénésie, plusieurs actions collectives ont été réalisées, des intervenants étrangers ont mis en place des actions de formation et d&rsquo;accompagnement, en sympathie pour la révolution mais aussi en exploitant au mieux toutes les opportunités de financements offertes par des Etats occidentaux, des programmes de coopération et des fondations. Centrés sur la production et la diffusion, de nombreux photographes se retrouvent dans un statut d&rsquo;élève studieux, à l&rsquo;écoute et satisfaits d&rsquo;une collaboration éphémère qui ne débouchera pas forcement vers le montage de projets collectifs, la création d&rsquo;espaces, de structures et de cadre de travail pour la promotion d&rsquo;une démarche photographique propre et autonome.<br />
Il est donc prioritaire de tenir compte de notre histoire photographique de manière critique pour pouvoir se donner un projet qui tient compte de la diversité des approches et de la réalité de la scène photographique mondiale et arabe, en valorisant nos photographes patrimoniaux, tombés dans l&rsquo;oubli et en défendant des approches singulières ouvertes au monde et non pas faites pour séduire le monde et ce en offrant à voir nos propres images et non pas ce que le marché veut voir de nos sociétés et de nos vies. Comme il est urgent de réfléchir collectivement, entre photographes tunisiens, des différentes générations, d&rsquo;abord sur l&rsquo;organisation du secteur, le statut des photographes de la presse ou auteur ainsi que sur le nécéssaire le soutien aux structures qui se battent pour la promotion de la photographie et aux collectifs de photographes, partout à travers le térritoire, par la formation et l&rsquo;ouverture d&rsquo;espaces dédiées à la photographie et d&rsquo;animations dans le monde de l »éducation et dans les quartiers populaires et le monde rural.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>L&rsquo;ouverture d&rsquo;un espace dédié à la photographie en Tunisie est à la fois une bonne nouvelle mais pose aussi question, car aucune véritable concertation avec les milieux de la photographie n&rsquo;a été engagée. Ce lieu doit être le résultat d&rsquo;une consultation large, ouverte et l&rsquo;occasion, à travers une mission de préfiguration, d&rsquo;associer à la fois les photographes, les spécialistes et les experts dans une logique d&rsquo;appropriation par les acteurs concernés de ce projet qui doit couvrir à la fois la question du patrimoine photographique tunisien, de sa préservation, sa valorisation et aussi la promotion de la jeune photographie contemporaine en intégrant la diffusion dans les régions.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p class="text_justifié" style="font-family: Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 12px; font-weight: normal; text-align: justify; color: #000000; font-style: normal; font-variant: normal; letter-spacing: normal; line-height: normal; orphans: auto; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; widows: auto; word-spacing: 0px; -webkit-text-stroke-width: 0px;"><strong>Hédi CHENCHABI</strong><br />
AIDDA – Photographie sociale et documentaire<br />
Juin 2013</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le mouvement associatif tunisien en France : Histoire et actualité.</title>
		<link>https://aidda.fr/2020/05/sm_actualites_articles_4/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marianne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 May 2020 13:27:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://aidda.fr/2020/05/04/sm_actualites_articles_4/</guid>

					<description><![CDATA[<p class="excerpt">Par Hédi CHENCHABI-AIDDA L&#8217;investissement du champ associatif par les tunisiens en France date du début du siècle dernier, il s&#8217;est manifesté de manières différentes, durant la période coloniale, sous Bourguiba, sous Ben ALI et avec la période post-révolutionnaire. Ainsi, depuis, le début du 20ème siècle, l&#8217;engagement des nationalistes et des étudiants tunisiens, a été fort&#8230;</p><p class="more-link-p"><a class="more-link" href="https://aidda.fr/2020/05/sm_actualites_articles_4/">En savoir plus &#8594;</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par Hédi CHENCHABI-AIDDA</p>
<p class="text_justifié">L&rsquo;investissement du champ associatif par les tunisiens en France date du début du siècle dernier, il s&rsquo;est manifesté de manières différentes, durant la période coloniale, sous Bourguiba, sous Ben ALI et avec la période post-révolutionnaire. Ainsi, depuis, le début du 20ème siècle, l&rsquo;engagement des nationalistes et des étudiants tunisiens, a été fort dans les mouvements des « Indigènes » maghrébins en France. L&rsquo;Etoile Nord Africaine (ENA) créée en 1926 et présidée par Messali Hadj (nationaliste algérien), a joué un rôle important pour l&rsquo;encadrement des maghrébins et pour porter les revendications anticoloniales. Née, historiquement, de l&rsquo;Union inter-coloniale créée en 1921 et dirigée par Ho Chi Minh, l&rsquo;ENA attira vers elle de nombreux militants nationalistes tunisiens principalement des étudiants (on retrouvait là, des figures emblématiques comme Bourguiba et Hédi Nouira&#8230;), qui avaient pour mission de rédiger les textes et de représenter l&rsquo;ENA aux congrès anticoloniaux à travers le monde.</p>
<p>A côté de l&rsquo;ENA vont se développer plusieurs organisations dont l&rsquo;Association des Etudiants Musulmans Nord-Africains<span class="texte_livres-photos_site"><strong>(1)</strong></span> en France qui donna ensuite naissance aux organisations estudiantines maghrébines en France, ou les Tunisiens nationalistes étaient fortement présents. Lieu de rassemblement de l&rsquo;élite, elle a donné lieu à la création de toutes les organisations étudiantes à statut associatif, dont pour les tunisiens, l&rsquo;Union Générale des Etudiants Tunisiens (l&rsquo;U.G.E.T) constituée en 1952 sous l&rsquo;impulsion du Néo-Destour.</p>
<p>Avec les indépendances, ce sont les Amicales qui ont essaimé, sur le même modèle, Les Amicales dont celle des Tunisiens avaient pour mission l&rsquo;encadrement des de la « colonie » (al-jaliya). Tout passait par elles, elles étaient liées aux partis uniques au pouvoir dans les trois pays du Maghreb, qui les finançaient largement. Les années1980 sonnent la fin de ce type de structures devenues obsolètes, couteuses et rejetées par l&rsquo;immigration.</p>
<p>Entre les années 60 et 70, encore une fois, la contestation est venue du milieu estudiantin et pour les tunisiens, c&rsquo;est le mouvement de mai 68 en France, et notamment les militants de Perspectives<span class="texte_livres-photos_site"><strong>(2)</strong></span> , qui va remettre en cause le système de Bourguiba, en demandant un fonctionnement plus démocratique des institutions. C&rsquo;est aussi, à partir des années 1970, qu&rsquo;émergent des associations, qui contestaient la dictature bourguibienne et dont les dirigeants étaient poursuivis et exilés en attente d&rsquo;un retour hypothétique au pays.</p>
<p>D&rsquo;autres jeunes tunisiens venus pour des études vont lancer durant cette même période d&rsquo;autres initiatives, dont la plus importante, à partir de Marseille, fut le Mouvement des Travailleurs Arabes, avec dans sa direction, un militant de l&rsquo;immigration tunisienne Said Bouziri<span class="texte_livres-photos_site"><strong>(3)</strong></span> , qui a mené une grève de la faim avec sa femme, dans les années 70, pour l&rsquo;obtention des papiers. Le MTA s&rsquo;est mobilisé comme un collectif composé de plusieurs groupes qui militaient pour la Libération de la Palestine et pour la Révolution dans les pays d&rsquo;origine. L&rsquo;année 1975 verra la naissance de la M.T.I (la Maison des Travailleurs Immigrés) qui va être soutenue par le Mouvement Chrétien. En son sein vont se structurer deux associations historiques, l&rsquo;A.T.F. (Association des Tunisiens de France), une structure nationale qui se développa autour de la mouvance de la gauche communiste et l&rsquo;UTIT (Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens) qui existait de fait depuis 1974 et qui déposa ses statuts en 1982 suite à l&rsquo;abrogation du décret loi scélérat de 1936 qui interdisait aux étrangers de créer et de diriger une association. Scindée en deux en 1994, l&rsquo;UTIT donna naissance à la FTCR (Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives<span class="texte_livres-photos_site"><strong>(4)</strong></span> ). A la M.T.I. ou ils étaient regroupés avec les autres associations communautaires (marocains, algériens, africains, espagnols, portugais..), ces deux associations tunisiennes se font les portes-voix des revendications pour les droits des migrants et mettent en place des actions culturelles dont, le fameux Festival de l&rsquo;Immigration en France (3 éditions depuis 1975).</p>
<p class="texte_livres-photos_site">1- L&rsquo;AEMNAF a été fondée en 1927 et avait son local au 115 bd Saint-Michel, seul lieu où on servait des repas Hallal, à l&rsquo;époque.<br />
2- Le Groupe d&rsquo;Etude et d&rsquo;Action Socialiste Tunisien.<br />
3- Saïd Bouziri est franco-tunisien et est décédé en 2009. Un hommage lui a été rendu à Paris, le 23 juin 2012, au Square Saint Bruno-Saïd Bouziri, dans le 18ème (quartier Goutte d&rsquo;Or).<br />
4- http://www.citoyensdesdeuxrives.eu</p>
<p class="text_justifié"><strong>La vie associative de tunisiens se diversifia, à partir de 1983, apparaissent alors ce qu&rsquo;on peut qualifier de pôles associatifs :</strong></p>
<p>&#8211; <strong>Le 1er pôle</strong> historique et démocratique, est représenté par l&rsquo;A.T.F. qui était proche du parti communiste tunisien, de Ettajdid et maintenant du Pôle démocratique moderniste (PDM), et par l&rsquo;UTIT qui était très proche de l&rsquo;UGTT et de la mouvance d&rsquo;extrême gauche tunisienne (Al &lsquo;Amel Ettounsi né en 1971, les maoïstes Cho&rsquo;la, etc.) en France. C&rsquo;est de là que viennent certains militants connus dont Kamel JENDOUBI, Mohieddine CHERBIB, Tarek BEN HIBA, Lakhdar ELLALA, Nadia CHAABANE …</p>
<p>A partir de 1981, un saut qualificatif et une révision fondamentale s&rsquo;opèrent au niveau de ces deux acteurs historiques, qui ont bénéficié d&rsquo;un soutien de la part du premier gouvernement socialiste de la V e République (François Mitterrand). Ils se mobilisèrent fortement pour la régularisation des sans-papiers et notamment les tunisiens, avec le soutien de la C.F.D.T.<span class="texte_livres-photos_site"><strong>(5)</strong></span> et de la C.G.T.<span class="texte_livres-photos_site"><strong>(6)</strong></span> et des acteurs de la société civile en France.</p>
<p>Ces deux structures opèrent durant la période 1980-1990 des changements dans leurs orientations, elles vont renforcer leurs actions autour des luttes pour les droits des migrants, de la citoyenneté et de la défense des droits de l&rsquo;homme en Tunisie et la votation citoyenne pour les immigrés en France. Fini alors le mythe du retour et de révolution socialiste au pays.</p>
<p>&#8211; <strong>Le 2ème pôle</strong> a vu le jour durant la période 1980-1990, mais les associations qui l&rsquo;ont composé voulaient se démarquer de la démarche communautaire –dirigées par des tunisiens- ces associations étaient très ancrées localement, régionalement et nationalement et porteuses de projets thématiques (culture, social, enseignement de la langue d&rsquo;origine,..) ouverts à l&rsquo;interculturel et à toutes les migrations. Ce pôle se voulait comme une partie intégrante, du paysage associatif français et n&rsquo;a jamais été fédéré, il opèra un retour vers les dynamiques associatives tunisiennes avec la révolution tunisienne et se mobilisa dans les manifestations et des initiatives de soutien humanitaires et sur les questions citoyennes, sur la bi-nationalité. Une partie de cette vie associative mène des actions dans les quartiers et fait partie de collectifs et de coordinations associatives sur divers thématiques. Ce pôle apporte à la scène associative tunisienne en France un dynamisme et une diversité enrichissante.</p>
<p>&#8211; <strong>Le 3ème pôle</strong> lié historiques au pouvoir, aux Amicales et au Rassemblement des Tunisiens de France (Botzaris) : Bourguiba avait une vision étatique centralisante et il n&rsquo;y a jamais donc eu, sous son règne, de tentatives de création d&rsquo;associations à l&rsquo;étranger. C&rsquo;est uniquement avec Ben Ali qui oeuvra à la marginalisation du mouvement associatif autonome et démocratique, qu&rsquo;on a vu apparaître, à partir des années 90, un nouveau regroupement autour des O.V.G. (Organisation Véritablement Gouvernementales) : le R.T.F. (Rassemblement des Tunisiens de France), est mobilisé, un peu partout en France, avec l&rsquo;appui des Consulats pour mettre en place un réseau d&rsquo;associations satellitaires soutenues par l&rsquo;Etat tunisien, toutes défendant quatre idées fondamentales :<br />
&#8211; 1 &#8211; Nous aimons tous la Tunisie.<br />
&#8211; 2 &#8211; Le drapeau avant tout.<br />
&#8211; 3 &#8211; La nostalgie d&rsquo;une Tunisie quasi-légendaire avec ses racines carthaginoises, son Hannibal et sa Didon, ses plages…<br />
&#8211; 4 &#8211; L&rsquo;image du pays ne doit en cas, être dénaturée par une foule d&rsquo;illuminés gauchistes et par les défenseurs des droits humains. Seule comptait l&rsquo;allégeance au dictateur et à ses représentants.</p>
<p>Ces associations n&rsquo;avaient, en réalité, aucune emprise sur la vie associative en France. Tout venait de Tunisie et les programmes soutenus par l&rsquo;OTE(Office des Tunisiens à l&rsquo;Etranger) étaient bien balisés (animations folklore-propagande autour du trio un peu anecdotique « couscous chorba et chkobba ». Seul comptait l&rsquo;encadrement et la corruption pour saigner à blanc la « Jaliya ». Le QJ de cette nébuleuse se trouvait aux Botzaris (un local symbole de la répression des tunisiens en France).</p>
<p>&#8211; <strong>Le 4ème pôle</strong> dit des Compétences est formé par des associations de compétences à l&rsquo;étranger rapidement cooptées par le pouvoir tunisien, à travers une opération d&rsquo;ouverture intéressée et réussie de Ben Ali. Conscient de l&rsquo;effort de développement à mener, au niveau de l&rsquo;industrie et autres domaines, il a tenté et réussi à récupérer des individues issus de certaines associations, créées au début, de manière autonome, comme l&rsquo;ATUGE<span class="texte_livres-photos_site"><strong>(7)</strong></span> . La logique associative ne servait qu&rsquo;à des plans de carrières et à la protection d&rsquo;un mode de fonctionnement fermé, entre soi. La donne et les positionnements changent après la révolution avec l&rsquo;apparition de nouveaux acteurs dans ce domaine (Le Pacte…) et la métamorphose de cette association dominante sur la thématique des compétences jusqu&rsquo;à janvier 2011.</p>
<p>&#8211; <strong>Le 5ème pôle</strong> dit cultuel, lié à la mouvance islamiste tunisienne et maghrébine est un pôle structuré autour de la religion musulmane et donc des lieux de culte. Ces associations attirent vers elles de nombreux imams tunisiens qui créent, à partir des années 70, les mosquées des caves et des entrepôts. Rached Ghannouchi<span class="texte_livres-photos_site"><strong>(8)</strong></span> , étudiant, en France (à Paris, à partir de 1968), a été imam dans le mouvement Jma&rsquo;at Ad-da&rsquo;wa (Prédication), et conduisait la prière des ouvriers nord-africains pieux, qui ne s&rsquo;intéressaient qu&rsquo;aux questions religieuses et non à la politique. Peu présente, entre 70 et 90, la mouvance associative cultuelle, se développa avec l&rsquo;arrivée de nombreux exilés fuyant la répression féroce dont ils vont être les victimes, d&rsquo;où l&rsquo;apparition de nombreuses associations culturelle-cultuelles, dont l&rsquo;un des principaux cerveaux est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;Institut Européen des Sciences Humaines<span class="texte_livres-photos_site"><strong>(9)</strong></span> à Saint-Denis, où Mehrzia LABIDI (Vice-Présidente de l&rsquo;Assemblée Constitutionnelle) a enseigné la traduction et Houcine Jaziri (Sécrétaire d&rsquo;Etat à l&rsquo;Immigration), l&rsquo;arabe. Le principal moteur de ce pôle est bien sûr le cultuel. Ses « militants » vont investir les mosquées, notamment celles organisées en loi 1901, même s&rsquo;ils ne sont pas toujours repérés, en tant que Tunisiens, les militants d&rsquo;Ennahda accèdent à de nombreux postes de responsabilité au niveau des mosquées à statut associatif et de l&rsquo;Islam de France, bénéficiant souvent de l&rsquo;image de tunisiens connaisseurs de la religion et cultivés. Ils investissent aussi bien le commerce du Halel que les librairies islamiques à statut associatif ou autre (à Belleville et ailleurs). Présents partout, les militants associatifs de cette mouvance islamiste ont joué un rôle important, durant les dernières élections des 20-21 et 22 octobre 2011 (communication avec tractage à la sortie des mosquées et affichage sauvage dans les commerces tenus par les tunisiens, les boulangeries et les boucheries tenues par des Musulmans…).<br />
Le pôle associatif cultuel relève de ce qu&rsquo;on appelle « les associations communautaires ». L&rsquo;une des particularités de cette mouvance est le fait que es associations qui la composent, ne se situent pas comme des associations tunisiennes, mais comme des associations musulmanes, avec des militants et acteurs algériens et marocains et d&rsquo;autres origines. La question de la neutralité des lieux de culte tenus par ces associations doit être traitée pour assurer un équilibre entre les forces politiques lors des prochaines élections.</p>
<p><span class="texte_livres-photos_site">5- La Confédération française démocratique du travail a remplacé la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens en 1964, qui elle fut créée en novembre 1919.<br />
6- La Confédération générale du travail est créée en 1895, son organe, « la Voix du peuple » en 1900.<br />
7- Association des Tunisiens des Grandes écoles (ATUGE) dont le siège social était logé au Centre Botzaris, annexe de l&rsquo;Ambassade au 36, rue Botzaris 75019, adresse transférée en juin 2004 au 102, rue de Meaux, 75019 Paris (source Journal Officiel).<br />
8- Il serait intéressant de consulter à ce sujet, son ouvrage Maqalat, Haraka-tou al-It-tijeh al-islami bi-Tounis (Articles, Le mouvement de la Tendance Islamique), éd. Dar al-Karawen, Paris 1984.<br />
9- http://www.ieshdeparis.fr/ C&rsquo;est un institut d&rsquo;enseignement supérieur privé, immatriculé à l&rsquo;Académie de Créteil et a le statut associatif.</span></p>
<p class="text_justifié"><strong>Les associations : un acteur important de la société civile ici et là bas.</strong></p>
<p>Les associations dites autonomes et démocratiques sont fortement, ancrées dans l&rsquo;environnement social, politique, culturel et administratif français. Leurs réseaux sont importants, mais celles-ci ne sont pas toujours visibles pour le commun des mortels tunisien en France. On les voit à l&rsquo;occasion d&rsquo;actions de contestation, mais peu sur des projets pérennes et professionnelles comme par exemples les actions de co-développement. Ainsi, à part quelques expériences conduites par des associatifs tunisiens ou franco-tunisiens, sur la vieillesse par exemple, comme le cas du café social Ayyem Zamen<span class="texte_livres-photos_site"><strong>(10)</strong></span> , principalement fréquenté par des chibanis tunisiens (dont la plupart ont voté pour Ennahda), ces associations manquent de professionnalisme mais bénéficient d&rsquo;une réelle reconnaissance après plusieurs décennies d&rsquo;activités et d&rsquo;actions pour la Tunisie.<br />
Même si le mouvement associatif tunisien, dit autonome en France est très actif, sa voix n&rsquo;est pas entendue par les autorités, comme il le faudrait. Son action est relayée en Tunisie par les principaux acteurs de la société civile (UGTT, CNLT, ATFD, LTDH…). Porteur des principales revendications de l&rsquo;immigration (Assises de l&rsquo;immigration, cahier de doléances mobilisations, rencontres-débats…), il doit aujourd&rsquo;hui plus s&rsquo;articuler avec les acteurs de la société civile en Tunisie et les défenseurs des libertés. Les acteurs associatifs sont la cible de la Troïka et d&rsquo;Ennahda en particulier qui instrumentalise la vie associative à l&rsquo;étranger et reproduit le même système du R.C.D. avec les nominations, l&rsquo;occupation des locaux appartenant à l&rsquo;Etat Tunisien, la mobilisation des moyens de l&rsquo;Etat au service de ses partisans.</p>
<p><span class="text_justifié"> Depuis le 14 janvier, la vie associative tunisienne connaît un véritable foisonnement, mais l&rsquo;on assiste aussi à des créations et disparitions rapides et successives, d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;associations à l&rsquo;objet social souvent généreux. Les porteurs de ces initiatives ont souvent des projets assez intéressants, mais ce sont le plus souvent, des projets individuels qui fonctionnent rarement en réseau. Beaucoup sont tournées vers le pays et moins ancrées en France, souvent éloignées des acteurs de la société civile et politique ici. Deux ans après la révolution, ce secteur associatif a réalisé des micros-projets dans le cadre d&rsquo;actions humanitaires autour de l&rsquo;éducation, de la culture et des élections. Il est à noter que nombre de ces projets, sont très peu soutenus par la France. La mise en place du « programme concerté Tunisie » profite principalement aux associations proches des islamistes tunisiens, plus présentes, plus soutenus par les gouvernants actuels.</span></p>
<p>De nouvelles initiatives et dynamiques portées par des nouvelles générations associatives « post-révolution » voient le jour progressivement, elles mettent en avant des idées autour du sens de l&rsquo;engagement, de la citoyenneté. Elles veulent plus de professionnalisme dans la conception et la mise en œuvre de nouveaux projets. Il est nécessaire de rendre visible le mouvement associatif autonome. Se pose aussi la question de l&rsquo;évolution des pratiques des anciennes structures associatives pour donner naissance à un contre-pouvoir, à un mouvement au service de tous les tunisiens.</p>
<p>Le Haut Conseil<span class="texte_livres-photos_site"><strong>(11)</strong></span><span class="text_justifié"> de l&rsquo;immigration (à vocation consultative et non législative et dont les membres seraient en partie nommés et en partie élus) et le projet de création par le Secrétariat à l&rsquo;immigration d&rsquo;une Agence de développement pour le financement de projets de développement se font sans méthode, sans démarche participative ni feuille de route claires. Sans vigilance des acteurs concernés, le risque est l&rsquo;installation d&rsquo;un paysage associatif marqué politiquement qui marginalis, de fait, les acteurs associatifs historiques, les associations autonomes et démocratiques et les nouvelles compétences et générations associatives tunisiennes en France. </span></p>
<p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;"><span style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 8.0pt;"> <span class="texte_livres-photos_site">10- L&rsquo;association a été fondée en mai 2000. Site : http://www.cafesocial.org</span></span></p>
<p class="MsoFootnoteText" style="text-align: justify; text-justify: inter-ideograph;"><span class="texte_livres-photos_site" style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 8.0pt;"> 11- Il est à noter qu&rsquo;une conférence de presse a été donnée le 19 juin 2012 à Tunis, par le Secrétaire d&rsquo;Etat à l&rsquo;immigration, </span></p>
<p><span class="texte_livres-photos_site" style="font-family: 'Arial','sans-serif'; font-size: 8.0pt;">M. Houcine Jaziri et qui appelle à la mise en place de cette instance, le 9 juillet 2012, à Tunis, lors du « Forum des associations » organisé par l&rsquo;OTE, et ce sans concertation avec la société civile, alors que la demande a émané il y a longtemps, des associations et a été présentée à quelques ministres, dans un Cahier de doléances, rédigé lors des Assises de l&rsquo;immigration (7 mai 2011) et regroupant 300 associations.</span></p>
<p class="titres">
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		<title>Photographie de l’immigration et patrimoine : un état des lieux</title>
		<link>https://aidda.fr/2020/05/sm_actualites_articles_5/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marianne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 May 2020 13:27:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p class="excerpt">La photographie de l’immigration n’a pas de véritable place, ni un statut reconnu dans le paysage de la photographie en France. Il s’agit même pour certains, d’une idée un peu saugrenue dans un monde de la photographie qui a ses codes, son esthétique et ses centres d’intérêts et de pouvoir. De quoi s’agit-il exactement dans&#8230;</p><p class="more-link-p"><a class="more-link" href="https://aidda.fr/2020/05/sm_actualites_articles_5/">En savoir plus &#8594;</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="text_justifié">La photographie de l’immigration n’a pas de véritable place, ni un statut reconnu dans le paysage de la photographie en France. Il s’agit même pour certains, d’une idée un peu saugrenue dans un monde de la photographie qui a ses codes, son esthétique et ses centres d’intérêts et de pouvoir.</p>
<p class="text_justifié">De quoi s’agit-il exactement dans un pays qui a une place particulière dans l’histoire universelle de la photographie ?. Dans un pays où, après la reconnaissance de la photographie, comme un art, il y a une distinction nette entre les « photographes patrimoniaux » et les autres. Même si ces autres, ont connu pour la plupart une traversée du désert avant d’accéder au statut des « patrimoniaux », en général à un âge avancé.</p>
<p class="text_justifié">La photographie a eu avec l’autre, l’indigène et le sauvage et avec les cultures des ex-pays coloniaux, une histoire assez révélatrice d’une approche où l’autre fait partie d’un décor exotique à découvrir et à faire découvrir par un large public friand de cette carte-photo de l’époque coloniale donnant,  à la fois,  une représentation fantasmatique de la femme (la mauresque dénudée et fantasmée offerte à la curiosité de l’homme occidental et plus largement à toutes les générations, y compris dans des contextes familiaux où la pudeur était de règle).</p>
<p class="text_justifié">Cette image de l’autre a marqué l’inconscient collectif et elle a aussi permis paradoxalement la sauvegarde de certaines images proches du réel, des populations et de la culture de ces pays lointains.</p>
<p class="text_justifié">Elle a été le fruit de travaux de photographes attirés par les Sud exotique (les pays coloniaux), mais aussi réalisées dans le cadre de missions photographiques, fortement liées aux expéditions coloniales, au service du système de domination qui était aussi en quête d’une meilleure connaissance des us et coutumes. Ces missions photographiques  utilisent les images produites  pour montrer et saluer les réalisations coloniales « l’œuvre civilisatrice de la France » et  donnaient la nécessaire justification du fait  colonial qui n’apporte que le bonheur à ces sauvages et à ces populations éloignées des valeurs occidentales.</p>
<p class="text_justifié">Cette approche de l’autre dans la photographie va donner entre 1900 et 1960, une production qui oscille entre une image documentaire, assez fidèle à la réalité, mais aussi à des images qui donnent à la société métropolitaine, une représentation soit fantasmée, soit franchement marquée par le radicalisme,  la xénophobie et la justification de la supériorité de l’homme blanc. Les légendes et les messages de ces cartes postales envoyées par centaines de  milliers, parfois personnalisées, sont particulièrement révélateurs de l’état d’esprit de l’époque et de ce qui va aussi se poursuivre à travers le regard porté sur l’autre, l’immigré dans un pays d’immigration depuis deux siècles comme la France.</p>
<p class="text_justifié">Les représentations de l’immigration viennent de sources différentes que nous souhaitons présenter dans le cadre de cet état des lieux :</p>
<ul>
<li class="text_justifié">Les migrants eux-mêmes, à travers l’album de famille ou la tradition du portrait (année 20-60) qui posent en tenue de travail, en compagnie des camarades ouvriers et plus tard dans des photos de familles. Cette photographie réalisée en studio (comme le reste de la population ) étant destinée à la famille restée au pays. Elle sert de base souvent pour des photos-montage où l’on retrouve les portraits du migrant avec le reste de sa famille restée au pays. Cette photographie relève du patrimoine de l’immigration, sa sauvegarde et sa conservation est d’une importance capitale pour donner aux migrants leur dignité et restituer l’esthétique qui caractérise cette image, donner à voir le mode de vie des populations étrangères dans des postures diverses et valorisantes.</li>
</ul>
<ul>
<li class="text_justifié">Les photographes professionnels, mais avec de nombreux anonymes qui ont photographié les migrants, dans différents contextes, principalement pour leur rendre hommage pendant la 1ère et la 2ème guerre mondiale. Ces milliers de clichés ont permis d’éclairer sur cette participation à la libération de la France et à faire avancer l’idée qu’on peut tout à fait leur reconnaître un certain courage dans les combats, l’esprit de sacrifice est salué avec une certaine tolérance pour leurs Us et  coutumes et leur foi musulmane (défilé en tenue de spahis, avec des béliers, construction de mosquée, inaugurations de cimetières….).</li>
</ul>
<p class="text_justifié">C’est aussi dans ce contexte de guerres ou de libération qu’émergent quelques images rares sur leur participation à la résistance mais aussi des images sur le travail des immigrés (agricultures, usines d’armements,..). Très peu de travaux photographiques ont été centrés sur l’immigration, même si les archives des agences spécialisées ont commencé, à partir des années 1980, à s’intéresser à des images des immigrés européens, juifs, asiatiques, maghrébins et africains. A partir des expositions coloniales en 1930  (lieu d’exotisme et de découverte des richesses dans les colonies), les images témoignent de l’exotisme des architectures locales, à travers leurs installation dans les «zoos humains », il s’agit de donner à voir  des hommes, des femmes, des enfants en costumes authentiques ou en tenue d’Eve pour amuser des visiteurs avides de curiosités. Certaine images évoquent parfois des événements , mais très peu de photographies s’intéressant à l’immigration qui s’installe déjà dans l dans les grandes agglomérations urbaines (Lyon, Paris, Marseille, le Nord de la France) et occupent les emplois de prolétaires.</p>
<ul>
<li class="text_justifié">La photographie de presse, à travers la couverture d’événements concernant l’immigration marque un tournant dans le regard sur l’immigration. Cette photographie d’information et d’illustration s’est intéressée à la vie au quotidien, aux situations de logements (les taudis, les bidonvilles, l’insécurité, la guerre d’Algérie en France, les faits divers…). Cette image différente, à interprétations multiples  a permis à de nombreux porteurs de projets de recherches, d’expositions et de films  de s’appuyer sur une iconographie variée qui témoigne et donne à voir d’autres réalités des immigrations successives. Plusieurs photographes, à titre individuel, vont aussi montrer la condition ouvrière et les luttes de l’immigration. Souvent, dans la couverture de mouvements sociaux (grèves, manifestations…), apparaissent des migrants. Les différents travaux entre 1950-60, ne relèvent pas de la volonté de ces photographes de se concentrer sur le thème de l’immigration, il s’agit plutôt de clichés qu’on trouve dans un ensemble de travaux centrés sur la thématique sociale (grèves, logement, manifestations, travail…).</li>
</ul>
<ul>
<li class="text_justifié">La photographie sociale et documentaire, vieux courant de la photographie qui défend une démarche humaniste ne s’est pas réellement intéressée aux migrations, comme c’était le cas aux Etats Unis. A travers les grands noms tels que Robert Doisneau, Edouard Boubat et bien d’autres, c’est la vie parisienne, celle des quartiers qui est prise en compte et ici et là apparaissent les figures de l’étranger …</li>
</ul>
<p class="text_justifié">L’image de l’étranger apparait ici et là, de manière furtive en traitant divers sujets sociaux ou de l’univers urbain (les quartiers populaires principalement de l’Est parisien). Un photographe d’origine haïtienne (Broncourt) parvient, à travers plusieurs photographies emblématiques des années 50 – 70, à témoigner autrement de la présence des étrangers dans la vie quotidienne ou dans le travail. Le photographe  Jacques Winderberger  se situant dans le champ de la photographie sociale et documentaire a donné, à travers son regard,  une humanité à ces hommes venus d’ailleurs. De nombreuses images d’archives sont l’œuvre de photographes qui n’ont pas connu la notoriété. C’est ce fond qui permet de documenter des recherches et de fournir des images pour des livres et de la matière à des expositions ou des documentaires historiques.</p>
<ul>
<li class="text_justifié">A partir de mai 1968, des photographes indépendants pour la plupart puis affiliés à des agences photographient l’immigration et leurs luttes (Sebastiao Saldago s’intéresse à la lutte des foyers Sonacotra dans les années 1970, Claude Dityvon, sensible à cette problématique les suit dans les manifestations et surtout en Seine-Saint-Denis). Le développement des agences et la place de la photographie dans la presse écrite donna à une génération de photographes l’opportunité de réaliser quelques reportages sur divers thèmes pour l’illustration. C’est principalement des photographes engagés pour la cause de l’immigration qui vont s’intéresser aux petites initiatives associatives, aux luttes des sans-papiers des années 1970. Souvent leurs images finissent dans les archives mal gérées des associations de solidarité ou des syndicats. Parfois des photographes les laissent aux militants pour leurs revues. L’Humanité a acquis une riche iconographie, fruit de dons de centaines de photographes, il s’agit dans ce cas d’une véritable culture photographique qui a permis d’ accumuler un trésor, sous forme de dons ou de cession de droits, parfois sur la seule base de rapports d’amitiés. Les Archives Départementales de la Seine-Saint-Denis se sont aussi enrichis de l’apport de ces photographes engagés. D’autres institutions ont été confrontées  à la question des droits d’auteurs. Partout aussi et malheureusement, le manque de conservation et le non respect de l’auteur ont permis le développement de la mention D.R. (Droit Réservé), sans limites et sans respects des photographes.</li>
</ul>
<ul>
<li class="text_justifié">L’irruption sur la scène médiatique des jeunes générations de l’immigration dans les années 1980 s’accompagne aussi d’un important travail sur l’image de l’immigration et des quartiers. Partout des photographes ancrés dans les territoires, souvent militants pour les droits des étrangers se lancent, à leurs frais, dans des travaux photographiques sur des périodes parfois longues. C’est une génération de photographes professionnels ou d’amateurs avertis qui vont être les premiers à revendiquer l’idée généreuse de la défense de la société métissée. Indépendants pour la plupart, ils travaillent souvent en partenariat avec des associations de l’immigration ou des quartiers pour produire et  diffuser une autre image et mieux faire connaître les réalités de  l’immigration. Si certaines photographies d’agence sortent aujourd’hui pour faire partie des collections de certains musées, c’est principalement dû à leurs qualités esthétiques ou documentaires, ce n’est pas parce que c’était le cœur de la démarche des agences et des photographes. Les questions du sens,  du contexte et du rapport à l’objet immigration sont effectivement précises dans la lecture de ce type d’images. Les photographes non affiliés à des agences ne sont pas valorisés en raison d’une vision muséale et sélective des conservateurs de musée qui donnent plus d’importance aux noms qu’à la production elle-même, comme on l’a vu avec la politique d’acquisition du Musée de l’immigration.</li>
</ul>
<p class="text_justifié">Il est important donc, de souligner l’émergence dans ces années là de photographes issus de cette histoire de l’immigration qui ont mis au centre de leurs travaux la problématique de l’image des étrangers. Ce sont ces photographes qui ont lancé les premières initiatives, ce sont eux qui ont centrés leurs regards sur l’image de l’autre. Certains vont créer des agences, des associations (IM-Média, AIDDA) pour passer  au statut de producteur d’une autre image de l’immigration et des quartiers.</p>
<p class="text_justifié">Le 1er répertoire de la photographie sociale et documentaire réalisé par AIDDA en 1989 leur a rendu hommage. Il s’agit aujourd’hui d’ouvrir à ces acteurs les portes des musées au risque de perdre de vue leurs apports au patrimoine national quand il s’agit de photographie de l’immigration.</p>
<p class="text_justifié">L’élitisme qui sévit dans ce domaine empêche cette ouverture. Les porteurs de projets mémoriels autour de l’image de l’immigration et des quartiers ne doivent pas désespérer Billancourt (un haut lieu de la vie ouvrière immigrée en France). Les OS de la photographie méritent toute notre attention, si l’on veut donner au patrimoine photographique français, les couleurs de la diversité.</p>
<p class="text_justifié"><strong>Hédi CHENCHABI</strong><br />
<strong>AIDDA </strong>– Photographie sociale et documentaire<br />
Juin 2012</p>
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